Neurosciences : éducation des enfants atteints d’autismes (Asperger)

Nous vivons, décidément, une bien curieuse époque en matière d’autisme infantile. Après une première période, au cours des années 1960, où les familles ont intensément collaboré avec les professionnels en les aidant notamment à créer les premiers hôpitaux de jour pour enfants autistes et psychotiques (aujourd’hui regroupés sous le label des troubles envahissants du développement, typiques, atypiques et non spécifiés), une deuxième période a vu ensuite se développer une formidable hostilité des parents à l’égard de la psychanalyse ressentie par eux comme injustement culpabilisante, dans la mouvance des travaux de B. Bettelheim.

Quels que soient les malentendus propres à cette deuxième période, aujourd’hui, nous abordons une troisième période qui n’est pas seulement antipsychanalytique, mais plus fondamentalement antipsychiatrique, voire antimédicale, les parents considérant désormais que les troubles envahissants du développement sont des troubles purement neurodéveloppementaux, qui répondent à un modèle causal linéaire et qui, en tant que tels, n’appellent pas de mesure d’aide psychothérapeutique, mais seulement des approches éducatives, rééducatives et pédagogiques spécialisées.

En tant que responsable de l’un des cinq centres d’évaluation et de diagnostic de l’autisme (ceda) qui fonctionnent en lien avec le Centre ressource autisme Île-de-France (craif), nous persistons à penser que l’origine des troubles envahissants du développement répond fondamentalement à un modèle polyfactoriel qui, en tant que tel, implique tout naturellement la nécessité de recourir à une approche multidimensionnelle (telle que l’a théorisée un auteur comme R. Misès), c’est-à-dire à une approche associant de manière adaptée à chaque enfant diverses mesures d’aide appartenant aux trois registres du soin, de l’éducation et de la pédagogie, et cela sur le fond d’une intégration scolaire digne de ce nom (ce qui n’est pas encore le cas, tant s’en faut, en dépit de la loi de 2005).

Ce d’autant qu’un dialogue entre neurosciences, psychopathologie et psychanalyse s’avère aujourd’hui davantage possible qu’il ne l’a jamais été, dans la mesure où les neuroscientifiques, en passant d’une approche du cerveau isolé à une véritable biologie de la relation (attachement, accordage affectif, empathie, imitation, interactions précoces, système des neurones miroir), effectuent le même mouvement conceptuel que celui auquel les psychanalystes ont procédé en passant, quant à eux, de la théorie des pulsions à la théorie des relations d’objet. Dans les deux cas, il y a, en quelque sorte, un décalage du regard vers l’objet et le lien, d’où une attention particulière accordée, en ce moment, au concept d’intersubjectivité et à ses corrélats.

Autisme infantile, intersubjectivité et subjectivation

La dynamique de l’accès à l’intersubjectivité

Sous le terme d’intersubjectivité, on désigne – tout simplement ! – le vécu profond qui nous fait ressentir que soi et l’autre, cela fait deux. La chose est simple à énoncer et à se représenter, même si les mécanismes intimes qui sous-tendent ce phénomène sont probablement très complexes, et encore incomplètement connus.

Les angoisses de pénétration par le regard d’autrui

Très présentes dans le comportement des enfants autistes (conduites de détournement du regard) et dans le matériel figuré par eux au cours de leur cure (thématique des becs d’oiseau, par exemple), elles ont été récemment confirmées par des techniques de neuro-imagerie objectivant un hyperfonctionnement de l’amygdale temporale lors de certains entrecroisements du regard.

Le traitement des objets animés comme des objets inanimés

La difficulté centrale des enfants autistes à entrer en relation avec un partenaire humain trouve aujourd’hui ses corrélats physio-pathologiques dans le fait qu’à la différence des sujets sains, les enfants autistes analysent, au niveau cérébral, la voix humaine avec les même zones que celles impliquées dans le traitement des bruits et des sons.

Les perspectives de recherche

  • Les études de psychologie du développement ouvrent de nouvelles voies de recherche sur l’intersubjectivité et la comodalisation perceptive chez les enfants autistes.
  • Les recherches en neuro-imagerie permettent de mieux comprendre les mécanismes cérébraux impliqués dans les difficultés d’accès à l’intersubjectivité et dans le traitement des signaux sociaux.
  • L’intégration des données neurobiologiques et psychodynamiques ouvre des perspectives prometteuses pour une approche globale de l’autisme, prenant en compte la diversité des présentations cliniques et des facteurs de vulnérabilité psychosociale.

Conclusion

En conclusion, l’interaction entre neurosciences et psychanalyse offre des perspectives prometteuses pour mieux comprendre et traiter l’autisme infantile. Toutefois, une approche holistique et nuancée reste nécessaire pour appréhender la complexité de cette condition et répondre aux besoins variés des enfants et de leurs familles.

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